Un autre son de cloche...

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Mercredi 2 mai 2007 3 02 /05 /Mai /2007 08:54

    Le diable au corps.

 

Geremia de Geremei est un monstre. Usurier cynique et ironique, il est sale, riche, radin. Un gnome ignoble et manipulateur joué à la perfection par Giacomo Rizzo qui se construit un physique démoniaque à mi-chemin de celui de Robert De Niro dans Angel Heart et de F.Murray Abraham dans Amadeus (l’illustre Salieri).

 Le gnome entretient avec sa vieille mère une relation sordide scellée par un cordon ombilical pourri par l’âge et le vice. Il partage avec elle sa sombre maison ridée et puante. Obsédé par l’argent dont il n’use jamais et par les femmes dont il ne sait qu’abuser, Geremia l’usurier asphyxie la vie des autres, la viole, sous des airs de bienfaiteur des familles. Son rapport à l’argent, morbide et obsessionnel, l’isole chaque fois davantage tandis que son aigreur cherche de nouvelles victimes.

 

  Et puis vient Rosalba dont il a été chargé de financer le mariage. Elle a la beauté du diable, la jeunesse et l’insolence. Elle exècre instinctivement l’usurier qui frétille sous sa braguette rouillée. Sans attendre, le paradis va jouer avec l’enfer, ou se jouer de lui. La relation se meut en défi malsain et oppressant, le sexe et l’argent se salissent de laideur mutuelle.

  L’auteur offre à son film un personnage d’une épaisseur impressionnante. Giacomo Rizzo travaille comme un orfèvre son interprétation au point d’en capturer l’écran et de reléguer au rang de figurants touts les rôles secondaires. Une leçon d’acteur inouïe.

 

Paolo Sorrentino affirme, avec L’ami de la famille, une réalisation audacieuse. Des plans rapides, neufs et vifs donnant parfois le vertige, cohabitent avec des séquences sombres et étirées. Le paradis contre l’enfer sans doute. Et le talent qui lui tombe du ciel…

 

L’ami de la famille

Réalisation : Paolo Sorrentino

Sortie le 2 Mai 2007

Par Bénédicte Arcens - Publié dans : Cinéma
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Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 10:19

La rupture tranquille...

Une comédie romantique. Un couple. Paul et Carla. Lui, Richard Berry, est  psychanalyste. Calepin quelque peu débordé. Elle, Judith Godrèche, est prof de français. Fraîche. Apparemment vertueuse. Un amant. Raphaël, Julien Boisselier, restaurateur sympathique et torturé. Le décor est planté dès lors que Paul, le mari psychanalyste, découvre que Raphaël, son patient, est l’amant de sa femme. Plutôt que de mettre fin aux séances, le mari va manipuler l’amant dans l’espoir de reconquérir sa moitié.

 

 Le deuxième long métrage de Bernard Jeanjean nous propose un vaudeville sur le divan. Une idée habile qui permet à l’amant de faire des confessions intimes au mari de sa maîtresse. Les dialogues sont généralement bien menés, parfois drôles, quelques gags ou quiproquos laissent deviner l’ombre de Francis Veber, un maître du genre. Une analogie qui fait précisément du tort au film. Quand Veber déroule des situations irrésistibles, sans temps mort, presque hors de souffle, le rythme de Bernard Jeanjean tire la langue et déclenche des rires un peu pâles. La crise du couple manque d’épaisseur, un mari qui travaille trop, plus de cadeaux, plus d’anniversaire de mariage, plus de fleurs, tu comprends mon chéri j’en peux plus mais je t’aime encore, mais moi aussi je t’aime mais comment tu as pu me faire ça blablabla. Finalement l’amant s’éclipse et le couple se retrouve chabadabada. Un vaudeville insuffisamment coloré pour se contenter de mièvreries éculées.

 Le film est lumineux malgré tout, les seconds rôles occupent peu de place mais ils l’occupent honorablement, Julien Boisselier tient à nouveau ses promesses, plus que parfait dans son rôle de post trentenaire en quête de lui-même, il transpire son malaise avec une justesse angoissante, amusante et amusée. Richard Berry aurait presque du mal à suivre, pinqué dans son habit de mari sans attention, crispé dans une douleur trop contenue, malheureusement sans fêlure. Judith Godrèche, en godiche du désir, a peu mûri depuis L’auberge espagnole mais tient correctement sa place.

 Le résultat est globalement plaisant. Malgré tout, j’attends quelque chose. Michel Jonasz. C’est idiot. Quelques notes au moins. Une allusion. Non, rien. C’est juste le même titre.

 

 T’as qu’à pas me laisser, me laisse pas,

 Faut pas t’en aller, t’en vas pas,

 Qu’est ce que j’vais faire, j’deviendrai quoi, un épouvantail,

 Un grain de pop corn éclaté avec une entaille,

 J’veux pas que tu t’en ailles, j’veux pas que tu t’en ailles…

 Le thème de la rupture est intéressant quand la fêlure est profonde ou énigmatique. Je cherche l’entaille, celle de Jonasz, qui donnerait une autre dimension au couple. Mais il n’y a pas d’entaille. Un peu lisse en somme.

 

 J’veux pas que tu t’en ailles. Realisation : Bernard Jeanjean.

Sortie le 25 Avril.

Par Bénédicte Arcens - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 10:19

Salon du livre - 27 Mars -Vingt heures. Elle dédicace son dernier livre. Les yeux noircis de khôl, les cheveux relevés dans un turban soigné, une peau claire, presque translucide que dévoile ses bras dénudés, Claire Castillon cultive son image énigmatique et douloureuse.

 

  « On n’empêche pas un petit cœur d’aimer. » .Vingt trois nouvelles réunies. Vingt trois nouvelles de désunions. Des personnages d’une monstruosité étonnante, presque espiègle, et une déclinaison de manipulations inavouables. Le couple et la famille traités par leur face cachée, leur humanité infecte. Claire Castillon connaît sa plume à la perfection, elle lui offre des histoires courtes, trois ou quatre pages très bien menées, gavées de non-dits ignobles et de sous-entendus glaireux, un rythme saccadé, tranché finement, un ton distant et insolent qui suggère l’horreur, la frôle, la tutoie, joue avec elle et se joue d’elle. Le résultat est bon. Surprenant, intelligent et drôle.

 

 Peu de personnes sur sa file d’attente. Dommage. Elle doit faire peur.

 

 On n’empêche pas un petit cœur d’aimer – Claire Castillon

 Edition Fayard –  157 pages - 14 € -

Par Bénédicte Arcens - Publié dans : Littérature
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