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Mercredi 20 décembre 2006

David Abiker est cadre supérieur, diplômé de Sciences Po. Il assure des chroniques pour la presse, sur France Inter et sur France 5 (arrêt sur images). Il vient de publier le deuxième opus d’une trilogie irrésistible. David Abiker nous propose une critique sociologique osée, audacieuse et impertinente qui fait du bien dans la mièvrerie du tout autour.

 

 

Le mur des lamentations est un livre hybride. Comment le qualifiez-vous en terme de genre ?

 C’est le petit frère du premier. Je n’ai pas choisi un genre. Le premier était un essai sociologique mais on aurait pu autant dire que c’était un recueil de nouvelles. Dans celui là, il y a une trame narrative. C’est un récit autobiographique fantaisiste. Il y a tellement de romans qui sortent…on peut plus facilement se faire une place dans le récit, tant mieux. Et puis je pense que l’auto fiction est un truc qui tourne en rond. Les auteurs n’ont plus de propos sur rien. Il y en a quelques uns quand même qui sont sortis cette rentrée. 

 Lesquels ?

Marge brute de Laurent Quintreau, un livre sur une réunion de travail avec des gens qui vivent la rentabilité chacun à leur façon. Le dernier  Marc Weitzmann aussi. Mais globalement je ne lis pas trop les trucs récents, il y a tellement à lire dans les classiques. Cet été j’ai lu Goodbye Colombus de Philip Roth. C’est un chef d’œuvre. Cent pages. Tu as du mal à atterrir. Je préfère faire rire. C’est difficile de se lancer dans le roman quand on a lu tout ça.

 

 Et vous savez vraiment faire rire. C’est une vocation ?

 Mes références sont Woody Allen et Pierre Desproges… John Fante aussi.

 

 Quand on lit vos deux premiers livres, on retrouve la tradition du one man show qui fait rire et réfléchir, à la Desproges effectivement.

 Il y a peut-être un non-dit là dedans, qui serait celui de faire de la scène ou de faire jouer les textes.

 

 Pensez-vous ouvrir une nouvelle voie littéraire ?

 Ouvrir quelque chose ce serait déjà très bien, alors une nouvelle voie, littéraire en plus, vous pensez-bien que je n'ai pas cette ambition. Je vais faire une trilogie mais je ne suis pas sûr d’en écrire un quatrième ou un cinquième. En tous cas j’aime faire rire sur une question de société en tordant le sujet. Les femmes, la victimisation. J’ai aussi envie de travailler sur les non-dits. Tout ce qu’on pense et qu’on n’ose pas se dire. Il y a aujourd’hui un flicage de toutes les paroles qui dérangent et en même temps un encouragement extraordinaire au bavardage psychologique dont on nous vante les vertus émancipatrices J'y vois une contradiction amusante.

 

 Le rire et la morale ?

 Les gens ne savent plus faire rire, transgresser, en étant moral. Les comiques d’aujourd’hui ne me font pas rire du tout. Aujourd’hui tu mets un pull à col v noir et une oreillette et tu es un nouveau comique. Le pire c’est que ça demande une technicité énorme. C’est beaucoup de travail. Mais ce n’est pas drôle. Les intellos n'ont plus de comiques pour eux. On s'emmerde. Desproges, Devos sont morts. Il n’y a plus grand chose. C’est fini. Plus un type n’ose la culture dans des sketches.

 

 Dans le mur des lamentations vous abordez le syndrome de la victimisation. Tout le monde se plaint. Tout le monde se pose en victime. La culture judéo-chrétienne est évoquée. La société française n’est-t-elle pas responsable, aussi, de cet état de fait ?

 La démocratie de masse, la compétition victimaire, le despotisme mou, l'affaiblissement de l'état, tout cela alimente la bouillie pour chat de l'information.

 

 La déresponsabilisation individuelle ?

 Oui bien sûr. Mais il y a aussi un problème d’hyper médiatisation. Aujourd’hui on ne peut plus exister si on n’est pas médiatisé. Il y a aujourd’hui des marches à la rose pour des types inconnus, des types qui n’ont rien fait de leur vie, tu as une plaque en marbre pour des mecs qui se scratchent en avion. On marche sur la tête. Et puis il y a la recherche permanente de la douleur. Il faut qu'il y ait du désespoir sinon la machine se grippe. La Une de l’Express cette semaine c’était « Les blessures de Nicolas Hulot ». On se fout des blessures de Nicolas Hulot, ses raisonnements, ses projets, oui. Mais ses blessures ! Aujourd’hui il faut être blessé pour compter. Il y a une course à l’émotion absurde dans les médias. Ca fonctionne par séquences qui mélangent faits divers et vrais infos au point que l'enchainement de cet automne Sans papiers, Indigènes, Malades du sida, Théléthon, SDF produit chez moi un sentiment de rejet total. Exactement l'inverse de l'efet recherché. Résultat le préchi précha médiatique, la parole journalistique qui se rapproche de celle du curé, tout cela ne m'incite pas davantage à aller camper auprès des SDF. Aucune envie d'aller dormir sous la tente. C'est grave docteur ce refus de la pénitence humanitaire ? Je dois être un sale type, j'imagine.

 

 Votre premier livre, Le musée de l’homme, traitait de la relation homme - femme, dans le couple essentiellement, la misogynie est-elle un mal nécessaire de toute société ?

 Je ne pense pas que mon protagoniste soit misogyne. Il est à la fois gentil et monstrueux, il est surtout embrigadé dans la dictature du discours bien pensant. Ce qui gouverne la consommation, c’est la ménagère de moins de cinquante ans. C’est la cible idéale. Le discours dominant vise un comportement de mère de famille avec les réflexes hygiénistes de base, avec l’enfant roi, la sécurité à tous crins, ce discours est entièrement récupéré par le secteur marchand. Le type vise un discours dominant, bien pensant, l’écologie, le développement durable, les protéines, les cosmétiques. Un discours du bien que les publicitaires font porter par la femme. J’ai voulu parler de ça par la voie de la comédie conjugale. Je voulais faire rire et le rire passe par la transgression. Contrôlée. Mes dérapages sont toujours contrôlés.

 

 La bourgeoisie est souvent attaquée, n’est-t-elle pas la première victime de la société contemporaine ?

 Bien sûr, mais on pourrait aussi bien se moquer des instits qui sont subjugués par Pascale Clark, ou du mec fondamentalement à droite qui trouve plus élégant de passer pour un type de gauche. En revanche il ne faut pas faire du mal aux gens. Il faut juste en rire. Je n'aimerais pas qu'on me fasse du mal, moi.

 

 On ne vous a pas demandé les droits de vos deux premiers livres pour le cinéma ?

 Quelques approches mais rien de très concret. Et je n’ai pas trop le temps pour me consacrer à ça. Et puis j’aime bien flirter avec le politiquement incorrect, en France on n’ose pas adapter ça. On n’est pas aux Etats-Unis. Ici la comédie est tellement pauvre que les gens revoient dix fois Rabi Jacob. Ce que viennent de faire les belges est génial ! Imaginer l’éclatement de son pays en intégrant dans le scénario le parti d’extrême droite ! Ils ont demandé au type qui critique l’establishment de participer et il y est allé ! Ils se sont mis dans une psychanalyse nationale et ont donc accepté le jeu collectif. Et la chaîne publique a acheté le programme ! On dit que les belges sont traumatisés mais ce sont les français qui sont traumatisés de leur propre auto censure. Ici on pense, grille, positionnement, positionnement, grille. Pour voir des choses intéressantes aujourd’hui, il faut aller sur le net. Sur les blogs où il n'y a pas encore de grilles de programme. A moins de revoir les émissions du début des années 80. C'est étrange ce sentiment que c'était mieux avant.

 

 Pour finir quelques mots sur le sujet du prochain opus ?

 La compétition sociale. D’un couple. En compétition avec d’autres couples dans une capitale comme Paris. Avec ses lignes de partage droite – gauche. Des bourgeois qui revendiquent l'égalité sociale, ça peut être drôle. Qu’est ce que vouloir être égal aujourd’hui ? La critique sociale m’amuse définitivement.

 

 David Abiker est un garçon brillant. Rapide. Vif. Irrésistiblement drôle. Il parle vite, chaque mot à sa place, peu d’hésitations, beaucoup d’enthousiasme, même dans la consternation. Et c’est une évidence, David Abiker n’a pas dit son dernier mot.

 

Propos receuillis par Bénédicte Arcens le 18 Décembre 2006

Par Bénédicte Arcens - Publié dans : Littérature
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Commentaires

Bel entretien très instructif merci à vous 2. Vivement le 3 ème Abiker en 2007 je présume
Commentaire n°1 posté par chantal le 20/12/2006 à 16h32
Une autre ITW en ligne de l'auteur
Commentaire n°2 posté par alval le 02/02/2008 à 23h16
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