Publicité

Cinéma

Lundi 23 avril 2007

La rupture tranquille...

Une comédie romantique. Un couple. Paul et Carla. Lui, Richard Berry, est  psychanalyste. Calepin quelque peu débordé. Elle, Judith Godrèche, est prof de français. Fraîche. Apparemment vertueuse. Un amant. Raphaël, Julien Boisselier, restaurateur sympathique et torturé. Le décor est planté dès lors que Paul, le mari psychanalyste, découvre que Raphaël, son patient, est l’amant de sa femme. Plutôt que de mettre fin aux séances, le mari va manipuler l’amant dans l’espoir de reconquérir sa moitié.

 

 Le deuxième long métrage de Bernard Jeanjean nous propose un vaudeville sur le divan. Une idée habile qui permet à l’amant de faire des confessions intimes au mari de sa maîtresse. Les dialogues sont généralement bien menés, parfois drôles, quelques gags ou quiproquos laissent deviner l’ombre de Francis Veber, un maître du genre. Une analogie qui fait précisément du tort au film. Quand Veber déroule des situations irrésistibles, sans temps mort, presque hors de souffle, le rythme de Bernard Jeanjean tire la langue et déclenche des rires un peu pâles. La crise du couple manque d’épaisseur, un mari qui travaille trop, plus de cadeaux, plus d’anniversaire de mariage, plus de fleurs, tu comprends mon chéri j’en peux plus mais je t’aime encore, mais moi aussi je t’aime mais comment tu as pu me faire ça blablabla. Finalement l’amant s’éclipse et le couple se retrouve chabadabada. Un vaudeville insuffisamment coloré pour se contenter de mièvreries éculées.

 Le film est lumineux malgré tout, les seconds rôles occupent peu de place mais ils l’occupent honorablement, Julien Boisselier tient à nouveau ses promesses, plus que parfait dans son rôle de post trentenaire en quête de lui-même, il transpire son malaise avec une justesse angoissante, amusante et amusée. Richard Berry aurait presque du mal à suivre, pinqué dans son habit de mari sans attention, crispé dans une douleur trop contenue, malheureusement sans fêlure. Judith Godrèche, en godiche du désir, a peu mûri depuis L’auberge espagnole mais tient correctement sa place.

 Le résultat est globalement plaisant. Malgré tout, j’attends quelque chose. Michel Jonasz. C’est idiot. Quelques notes au moins. Une allusion. Non, rien. C’est juste le même titre.

 

 T’as qu’à pas me laisser, me laisse pas,

 Faut pas t’en aller, t’en vas pas,

 Qu’est ce que j’vais faire, j’deviendrai quoi, un épouvantail,

 Un grain de pop corn éclaté avec une entaille,

 J’veux pas que tu t’en ailles, j’veux pas que tu t’en ailles…

 Le thème de la rupture est intéressant quand la fêlure est profonde ou énigmatique. Je cherche l’entaille, celle de Jonasz, qui donnerait une autre dimension au couple. Mais il n’y a pas d’entaille. Un peu lisse en somme.

 

 J’veux pas que tu t’en ailles. Realisation : Bernard Jeanjean.

Sortie le 25 Avril.

Par Bénédicte Arcens
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 2 mai 2007

    Le diable au corps.

 

Geremia de Geremei est un monstre. Usurier cynique et ironique, il est sale, riche, radin. Un gnome ignoble et manipulateur joué à la perfection par Giacomo Rizzo qui se construit un physique démoniaque à mi-chemin de celui de Robert De Niro dans Angel Heart et de F.Murray Abraham dans Amadeus (l’illustre Salieri).

 Le gnome entretient avec sa vieille mère une relation sordide scellée par un cordon ombilical pourri par l’âge et le vice. Il partage avec elle sa sombre maison ridée et puante. Obsédé par l’argent dont il n’use jamais et par les femmes dont il ne sait qu’abuser, Geremia l’usurier asphyxie la vie des autres, la viole, sous des airs de bienfaiteur des familles. Son rapport à l’argent, morbide et obsessionnel, l’isole chaque fois davantage tandis que son aigreur cherche de nouvelles victimes.

 

  Et puis vient Rosalba dont il a été chargé de financer le mariage. Elle a la beauté du diable, la jeunesse et l’insolence. Elle exècre instinctivement l’usurier qui frétille sous sa braguette rouillée. Sans attendre, le paradis va jouer avec l’enfer, ou se jouer de lui. La relation se meut en défi malsain et oppressant, le sexe et l’argent se salissent de laideur mutuelle.

  L’auteur offre à son film un personnage d’une épaisseur impressionnante. Giacomo Rizzo travaille comme un orfèvre son interprétation au point d’en capturer l’écran et de reléguer au rang de figurants touts les rôles secondaires. Une leçon d’acteur inouïe.

 

Paolo Sorrentino affirme, avec L’ami de la famille, une réalisation audacieuse. Des plans rapides, neufs et vifs donnant parfois le vertige, cohabitent avec des séquences sombres et étirées. Le paradis contre l’enfer sans doute. Et le talent qui lui tombe du ciel…

 

L’ami de la famille

Réalisation : Paolo Sorrentino

Sortie le 2 Mai 2007

Par Bénédicte Arcens
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 30 mai 2007

Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Turquie, 1915. Les persécutions arméniennes semblent loin derrière et pourtant dans son dernier souffle, le patriarche de la famille Avakian, habité d’une prémonition,  implore sa famille de fuir.

La vie est presque paisible, les relations entre turcs et arméniens sont sereines, parfois amicales, la famille Avakian, aisée et accueillante, côtoie même le colonel Arkan qui représente les autorités turques. A l’occasion des funérailles du patriarche, ils ouvrent leur belle demeure et reçoivent tous leurs proches avec générosité. La jeune et belle Nunik y revoit Egon, un jeune officier turc pour qui bat son cœur mais la vie n’est que presque paisible et une telle union est dangereuse et impossible.

Assadour, le fils ainé, médecin en Italie, revient sur sa terre d’enfance, son père lui a légué l’antique Mas des alouettes, une des demeures familiales reculée dans les terres. Tout le monde célèbre la restauration du mas, on danse le kochari, on chante dans l’allégresse pendant qu’au loin, l’horreur hurle déjà sans faire d’écho, la machine humaine monstrueuse se met en place et avance sans bruit à pas de loup.

 

Le mythe de la grande Turquie devient une réalité, les pensées infâmes surgissent et rongent comme des vers les consciences turques qui se lancent aveuglément dans ce qui deviendra un pan de leur histoire indigne.

Le sang gicle au Mas des alouettes, sous les yeux des enfants. Les hommes, les garçons sont torturés et abattus, les femmes et les fillettes, déportées vers un mouroir au-delà du désert.

 

Assadour, reparti en Italie tente de revenir sur les lieux pour retrouver ce qu’il reste de sa famille, mais c’est trop tard, l’Italie s’est rangée du coté de la France contre l’Autriche et l’Empire de Turquie. Les frontières sont fermées.

 

Paolo et Vittorio TAVIANI ont choisi, pour aborder le sujet du génocide arménien, de s’inspirer d’un roman : La masseria delle allodole d’Antonia ARSLAN. Une adaptation éprouvante qui raconte l’épouvantable, l’amitié et l’amour trahis au nom de la folie des hommes, mais qui laisse échapper aussi des faisceaux d’humanité chez des soldats ou des civils convertis en bourreaux. La machine à exterminer, sans se remettre en question, trébuche parfois mais se relève plus forte encore. Un pays magnifique plongé dans la barbarie à visage humain.

Un génocide qui, comme l’évoquent les frères TAVIANI, n’a pas été reconnu par les Turcs à ce jour.

 

Le Mas de alouettes – Paolo et Vittorio TAVIANI

Sortie le 30 Mai 2007

Par Bénédicte Arcens
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus