Le petit Bonzi – Le cœur au bord des lèvres

Publié le par Bénédicte Arcens

 

 

 

La rentrée littéraire 2005 nous ramène sur les bancs de l’école avec Le petit Bonzi de Sorj Chalandon . Un sujet sur la douleur dans l’enfance et les plaies de l’inexprimable abordé avec douceur par le journaliste de Libération qui signe ici son premier roman.

 

 Jacques Rougeron et  Bonzi sont inséparables. Ils partagent la même école, le même immeuble, les mêmes chemins, les même questions, la même naïveté merveilleuse. Jacques Rougeron et Bonzi ont douze ans chacun. Jacques Rougeron est bègue. Il cherche la plante qui va le guérir parce que c’est bien connu que les plantes peuvent tout guérir. Il en existe une pour chaque chose. Jacques a goûté toutes les plantes du quartier, les pissenlits de la rue Commandant Charcot, le lierre de la rue Benoist-Mary, le lichen de la rue des Pommières, un matin il a même mangé une ortie. Jacques est bègue d’une manière générale. C’est à dire sauf tout seul ou avec Bonzi. Jacques est bègue avec les autres de l’école. A la maison aussi, là où papa Rougeron tape. Papa Rougeron tape souvent même si maman ne dit rien. Dans sa solitude de mots cassés, Jacques écrit sous son lit, il note dans sa cachette, sur le papier les syllabes glissent toutes seules comme dans la vie des autres. Jusqu’au jour où Jacques, comme pour briser les cloisons entre lui et le monde, se lance dans le mensonge. Un petit au début puis un plus gros, puis un qu’on ne peut pas croire, surtout pas papa Rougeron qui tape souvent.

 

 La douleur de l’intérieur qu’on ne sait pas dire, Sorj Chalandon la raconte bien. Le décor est parfaitement planté, le groupe d’immeubles colorés, pas très beaux, le parcours du matin, les camarades (à défaut d’être amis), le professeur et sa rigoureuse bienveillance, on sent presque les odeurs de préaux. On est dans le non-dit mêlé de naïveté, chaque petite scène parle pour elle-même, comme pour aider Jacques à dire. On découvre tendrement qui est le petit Bonzi. On sourit, on a peur, on se cache les yeux derrière les pages, terrifié d’amour pour ce garçonnet, qui est un peu le nôtre, un petit morceau perdu de nous-même.

 

 Le petit Bonzi – Sorj Chalandon

Editions Grasset – 260 pages -18.50 €

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Littérature

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