ZI - Sébastien Combemale

Publié le par Bénédicte Arcens

Au départ c’est pas gagné, un sujet faible voire facile et un titre peu évocateur. Je ne connais pas Sébastien Combemale mais la quatrième de couverture me permet d’apprendre qu’il est né à Boulogne Billancourt, comme moi, en 1970, comme moi. Ca crée des liens, je me sens solidaire, je me lance sans conviction avec des motivations hasardeuses.

 

 

Paul, le protagoniste, est sans l’admettre, un de ces trentenaires célibataires tendance embourgeoisée sans vocation qui s’agitent dans les agences de pub dans l’attente d’une reconnaissance pseudo artistique. Paul est aigri, cynique, égocentrique, égocentré sur son organe de mâle, paralysé par la phobie d’un bouton qui saute et d’une braguette qui glisse, la sienne en l’occurrence, pour dévoiler la honte et la misère de ce qu’il considère comme son humiliation à lui, oui vous l’aurez compris, Paul en a une petite.

 

 

Paul donc, en a une petite, il convient de le répéter car la vie de Paul, rédacteur en mâle d’imagination, tourne autour de cette consternante constatation et Paul, pour s’en sauver, vomit sur tout ce qui le condamne ou le rappelle à sa condition miniature. Estropié par son obsession, il se lance dans une course à la performance oscillant entre la surestimation et le dégoût de lui-même. Soyons clair, la performance est essentiellement horizontale, Paul  collectionne les femmes dans ses draps, les égratigne, les écharpe, les guillotine devant l’autel de la misogynie indigne et ridicule. Il éclabousse de noir son quotidien de moins que rien, écaille son entourage « leur aisance me déchire. Je les hais parce qu’au fond de moi je les envie », entache ses parents d’un peu de sa bile « ma culpabilité engage la leur, elles sont indissociables », il maquille de désintérêt, comme un gamin de vingt ans, sa mère et sa sollicitude anxieuse. Paul en a une toute petite, il pleure sa solitude, se complaît dans les préjugés, s’enrobe dans sa crasse et s’enrage de l’incompréhension.

 

 

L’exercice était risqué mais il faut bien l’admettre, Sébastien Combemale sait jouer au dessous de la ceinture. Il lacère contre toute attente avec ironie et intelligence, nous fait chuter et divaguer aussi bas que son personnage. Le ton est sombre, juste incisif, jamais vulgaire, volontairement pathétique, toujours audacieux. On a peur que ça dérape, certains passages pourraient frôler l’exhibitionnisme gratuit mais l’humour n’est jamais très loin. Zi, en quête de sa moitié, nous happe dans un tourbillon oppressant et narquois qui finira par mener son personnage  vers une issue métaphorique et amoureuse.

 

Un bon coup.

 

 

ZI, Sébastien Combemale,

Editions Flammarion, 2005. 221p, 14€.

 

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Publié dans Littérature

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