Le roman des Jardin : Jean, Pascal, Alexandre et les autres.

Publié le par Bénédicte Arcens

 

 

 

En cette période de rentrée littéraire studieuse, j’ouvre le dernier roman d’Alexandre Jardin comme on pénètre dans un petit square frais de récréation, le cœur léger. Le roman des jardin, nous ouvre les portes d’une famille attachante et allumée, la sienne. J’espère un savant mélange de promesses et de révélations…

 

 

 La famille d’Alexandre Jardin fait partie de ces tribus proches de la fiction, dont on se dit souvent quelles ne peuvent être que le fruit magique et tragique de l’imagination tant elles touchent à différents degrés et en habiles déclinaisons les générations successives. Les Jardin sont des personnages de roman, ils s’inventent leur vie en prenant soin de conjurer leurs ennemis les plus dangereux : les quotidiens anodins lisses et corrects. Alexandre, englué d’admiration pour cette famille hors norme tente, par ce récit romanesque, de se libérer du cumulus rocambolesque, enchanteur et outrancier qui pèse au dessus de sa tête.

Quel est donc l’héritage de la dynastie Jardin ? La réussite, indéniablement. Le nain jaune (son grand père, Jean Jardin), éminence grise redoutée dont les activités demeurent opaques et pas toujours respectables et son père, Pascal Jardin, homme de mots talentueux au caractère fantasque. On comprend en filigrane que tous les acteurs de la famille ont tenté, ambitieusement et plutôt brillamment, de s’arracher du moule de la bourgeoisie et de la bienséance.

Mais l’élément incontournable et fédérateur dont fait état Alexandre dans son roman des Jardin demeure le libertinage avec dans le rôle principal, l’Arquebuse (sa grand mère), maîtresse quasi mythique de la séduction, du sexe et de l’adultère, accueillant dans sa maison de famille sur les bords du lac Léman tous les couples illégitimes avec une préférence certaine pour le vice et la déviance, fièrement effrayée elle aussi par les tentacules de la normalité.

La famille et les personnalités de tous bords se succèdent durant des décennies dans les draps préparés soigneusement par la doyenne affriolée.

 

 On peut piocher dans ce roman des Jardin quelques anecdotes amusantes ou socialement incorrectes, mais on est globalement déçu par les frasques évoqués qui tournent en rond au dessous de la ceinture. Le libertinage n’est pas la liberté ou il n’en est qu’un caprice. J’attendais pour ma part des feux d’artifice d’ingéniosité et d’intelligence retorse. Je suis restée sur ma faim. Presque désolée.

  La plume d’Alexandre Jardin est quant à elle fidèle à son maître, légère, ludique et accueillante. Alexandre est un enfant agrippé au mollet de sa famille, assoiffé de reconnaissance (celle de ses pères). Il est temps qu’il lâche prise et qu’il marche loin de l’ombre idéalisée d’une tribu ironique mais apparemment peu subversive.

 

Le Roman des Jardin – Alexandre Jardin

Editions Grasset – 314 pages - 18 €

 

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Publié dans Littérature

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