Demain, je m'enfuis de l'enfer
Une quatrième de couverture pas vraiment engageante. Un peu simple à mon goût. En tout cas bien au dessous de la magie des mots qui nous attend dès les premières pages et nous transporte presque jusqu’au ciel. Demain je m’enfuis de l’enfer est le premier roman de Jean-Marc Benedetti, attaché culturel et professeur de lettres.
« L’enfer est peuplé d’anges. L’enfer c’est ici. Dans cette chambre. Dehors il fait froid. Dehors ça fait peur. Ils disent que je suis fou. Plus vous êtes clairvoyant plus les autres envient votre lucidité. Ils vous enferment pour l’éternité. »
Angel Sacramento est un personnage schizophrène qui flotte entre les anges et les démons. Angel Sacramento a passé beaucoup de son temps en asile. Il parle avec des voix. Pas n’importe lesquelles. Celles des premiers héros de la navigation aérienne, les Pilâtre et Zambeccari. Son premier internement date de la période de ses études en faculté d’histoire, quand, en marge de ses copies, il dialoguait avec Jacques-Etienne de Montgolfier. Ils l’ont emmené à l’unité Perrens. C’est là qu’il a rencontré Irène. L’infirmière dont il attend le retour, pour qu’elle vienne le sauver, l’arracher à cet enfer. Parce qu’Irène l’aime et le comprend mieux que quiconque, même mieux que Jojo-le-cageot qui se fait silencieux lui aussi ces derniers temps. Angel Sacramento connaît la vérité, celle de ses rêves. Il a emmené Irène pour voir après les cumulus, pour toucher des doigts la liberté. L’enfer l’a rattrapé. Ils l’ont enfermé à nouveau. Depuis, le juge d’instruction veut lui faire dire des choses. Extirper la vérité de sa pensée hantée de folie pure.
Demain, je m’enfuis de l’enfer est un voyage aérien dans les méandres de la démence. Je suis portée par les mots. En lévitation. Je découvre le déraillement psychiatrique révélé par la poésie lucide et naïve d’une âme chaotique.
« Lorsque nous avons ouvert les yeux, la nuit était prête à enfanter. Une nuit d’Août saturnienne traversée de comètes qui faisaient comme des bulles de champagne encore clignotantes, chargées d’électricité. L’aérostat se déplaçait entre deux couches lumineuses. Celle du ciel constellé. Celle de l’océan que nous avions atteint et dont les vagues ourlées d’écume dépliaient leur papier argenté jusqu’à l’autre bout de la terre. Je savais qu’Irène ne craignait plus rien. Le voyage allait se prolonger éternellement. ».
Jean-Marc Benedetti nous maintient en supsension entre l’enfer et le paradis, entre la vie et la mort, dans un état vaporeux nourri de folie macabre et d’élans angéliques.
Un moment d’émerveillement.
Demain, je m’enfuis de l’enfer – Jean-Marc Benedetti
Editions Grasset – 225 pages – 17€