Ma place au Paradis

Publié le par Bénédicte Arcens

 

 

 

Au tout début je ne comprends pas très bien. Je me dis que je suis tombée sur un roman de vacances, avec tout le respect que je porte aux romans de vacances qui s’échouent, invariablement, froissés, gondolés, translucides d’ambre solaire au fond des paniers de plage.

 

 

 

Tout est lisse. Quentin raconte sa vie dans un livre. Une autobiographie. Les vacances au bord de la mer, aux Baléares, dans les jupes de maman chérie, les premiers émois et tout ça.

Alice lit le roman de Quentin. Alice est mariée et fin prête à quitter son quotidien pourri par l’ennui pour Quentin et son roman.

 

 

 

Moi je m’enfonce confortablement dans mon canapé comme on s’installe un après-midi pluvieux devant la saga du Dimanche sur M6. Quentin et Alice s’aiment. Au fil des pages, on déroule en parallèle le passé des deux protagonistes. Elle, s’échappe au plus vite d’un petit coin de ville paumée en arrière plan et d’une mère alcoolisée. Elle se marie à dix-huit ans, le couple s’étiole à cause du temps et de la stérilité d’une histoire sans enfant. Quentin l’accoste un jour dans un musée.

 

 

 

Moi je pars me chercher une cannette de soda dans le frigidaire pour me replonger dans cette petite histoire presque désaltérante. Quentin séduit Alice, leur histoire s’installe, il lui remet un manuscrit, celui de sa vie puis lui demande de se libérer de son mari le temps d’un week-end.

 

 

 

Le Roman de Quentin est ouvert sous les yeux d’Alice. Page après page l’horreur s’approche, quelques mots se plantent ça et là, les prémices de l’enfer apparaissent. Des scènes sordides cèdent la place à un univers d’une violence inouïe. Une enfance broyée toute entière. Le livre bascule dans l’effroi, à pas lents. Ma cannette de soda tiédit. L’idylle du couple adultère bascule au même rythme pour finir en danse macabre.

 

 

 

Ce roman n’est pas un roman de vacances quoi que construit comme tel. C’est peut-être précisément pour cela qu’il surprend. Les narrations souvent mièvres nous mènent à deux pas de l’enfer.

 

 

 

 

 

 

Ma place au paradis – Laurent Bettoni

Editions Robert Laffont

264p – 18€

 

 

 

  

 

 

 

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Publié dans Littérature

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